Regards en Coulisses

Troisième semaine de répétition

Du 18 au 24 février 2008

J-15… Le « voyage du travail » continue...face à la caméra d’Aurélie Boiron de la société de production Camp de Base.

Une captation du spectacle accompagnée d’un documentaire feront l’objet d’un DVD venant s’ajouter aux précédentes créations filmées du TNG.

Cette semaine, les répétitions de danse et de musique ont encore lieu chaque matin, mais à présent, elles se feront sur le plateau, afin que les comédiens s’habituent aux réelles conditions de représentation.

Les journées sont également ponctuées par les essayages de costumes et des premiers maquillages individuels : docteur Demal, Blanche Neige (obèse…), la fée Anita, Sofiane et Brian, etc…

Mercredi est un grand jour : tous les comédiens sont présentés à Nino D’Introna en costumes sous les projecteurs. Ils font part de certaines améliorations d’ordre technique à apporter, les lumières d’Andrea Abbatangelo sont harmonisées avec les couleurs des costumes, Robin Chemin et Nino D’Introna réfléchissent ensembles aux dernières modifications à faire.





Les petites fées de la création…

Robin Chemin - Costumes

Originaire des Etats-Unis, elle étudie l'Histoire de l'Art et le stylisme à la Woodbury University de Los Angeles et travaille comme styliste avant de créer des décors et des costumes pour le théâtre. Au TNG, elle crée les costumes des spectacles de Nino D’Introna Yaël Tautavel ou l’enfance de l’art (2006), Faisons un opéra : le petit ramoneur (2007) et, en ce moment, ceux de Jojo au bord du monde.

C’est avec une pointe d’accent anglais que Robin Chemin nous explique le processus de création de ces costumes hauts en couleur, tout droit sortis de l’imaginaire des bandes dessinées et des contes :

« Nous avons finalisé les maquettes des costumes après le workshop (atelier) d’octobre et nous avons commencé la fabrication en décembre. Aujourd’hui le plus gros est fait, on règle plutôt des problèmes techniques (grincement des chaussures d’Anita par exemple !), et on modifie un peu le style par rapport à ce que les comédiens font sur le plateau, à leur façon de bouger, aux éclairages, etc… Cette semaine il va falloir modifier le costume de Billy-Juan Poucet, le rendre plus feuillu. On va, en fait, revenir à l’idée initiale. Moi, j’aime beaucoup travailler directement sur les comédiens.
Avec Nino D’Introna, il y a un réel travail en amont, une maturation de la recherche. C’est très agréable, ça nous permet de donner des idées. Ca n’est pas du tout comme à l’opéra où le travail se fait à partir des indications du livret.»

Christelle Paillard - Maquillage

Christelle Paillard est née à Montbéliard. Assistante maquillage pour l’Opéra Comique (1995 à 1999), l’Opéra National de Lyon (1995 à 2007) et l’Esplanade de Saint-Etienne (1992 à 2007), elle collabore également avec la Compagnie Premier Acte (Les Trois Sœurs, Macondo), le Théâtre de Romette (Ceux d’ailleurs) et la Compagnie Propos (Les Sardines, Histoires courtes).

Elle crée le maquillage pour plusieurs spectacles de Nino D’Introna : L’arbre, Faisons un opéra : le petit ramoneur, Yaël Tautavel ou l’enfance de l’art et Jojo au bord du monde.


Quand on lui demande en quoi consiste son travail, Christelle Paillard répond : « Je suis maquilleuse, tout simplement. Pendant la période de répétitions de Jojo au bord du monde, on peut la trouver dans les loges où elle fait les premiers essais maquillage et coiffure sur les comédiens, ou dans un atelier, à côté de la salle de danse. Elle y fait les dernières retouches sur les masques… « Je n’ai pas encore vu le résultat sur scène, ça va être la surprise ! »
« Je vais accessoiriser les costumes de Robin. C’est agréable de travailler avec l’équipe du TNG, il y a une bonne ambiance, j’aime bien ! Nino D’Introna est très respectueux, on peut proposer des idées, qu’il garde ou non. »



Sophie Jacquet - Assistante à la mise en scène

Fascinée depuis son plus jeune âge par l'opéra, c'est à 20 ans que Sophie Jacquet se lance dans les différents métiers de la scène: costumière, toppeuse lumière, accessoiriste, machiniste, régisseur de choeur, d'orchestre (Les Arts Florissants) et enfin régisseur général de scène. Ses contrats l’emmènent dans toute la France (Paris, Marseille, Orange, Strasbourg, Rennes, Brest..) et à l’étranger (Bruxelles, Vienne, Palerme, Copenhague, New York…). Depuis 5 ans, elle ajoute une corde à son arc en devenant assistante à la mise en scène.

« Le rôle de l’assistant à la mise en scène n’est pas défini, ça dépend vraiment des metteurs en scène. Mais la base de ce travail est de prendre en note toutes les étapes de la mise en scène afin que le metteur en scène sache précisément ce qu’il s’est passé pendant les répétitions : « on sortait à cour ou à jardin ? il lui prenait la main gauche ou la main droite ? » J’ai aussi le texte sous les yeux en permanence pour reprendre les comédiens et pour noter ce que Nino D’Introna veut modifier dans la mise en scène: «  là, ça n’allait pas, là il faut changer le déplacement… ». Et je dois tout synthétiser avec lui en fin de journée.
C’est le troisième spectacle que je fais avec Nino D’Introna (après Faisons un opéra : le petit ramoneur de Benjamin Britten, et les Derniers géants de François Place) mais c’est mon premier spectacle de théâtre. Après avoir été dix ans régisseur de scène à l’opéra, je me suis consacrée à l’assistanat de mise en scène, et j’en suis très heureuse. C’est très agréable de travailler avec des metteurs en scène qu’on apprécie ! »





Batman-Ferré et Mémé Jilette

Maxime Cella, alias Batman, à propos de son personnage :

« Le personnage de Batman est une sorte d'hybride du désespoir, caractérisant à la fois la force mais aussi le désespoir d'un homme se croyant obligé d'accomplir une vocation de justicier de l'ombre... en gros un névropathe.
De plus, l’auteur Stéphane Jaubertie lui a donné une autre langue que la sienne : la parole de Léo Férré. C'est peut être le rêve de Batman de devenir charismatique par des paroles d'amour et de révolte. Il s'agissait de trouver le lien qu'il pouvait y avoir entre la musique et Batman. C'est alors que Nino pensa à la Bat guitare.

Le personnage de Batman avec une guitare électrique, customisée à l'effigie de la chauve-souris, était évident quand on sait par exemple que le premier film avait pour bande originale des chansons de Prince qui est un monstre au niveau de la pop après Michael Jackson. Pour moi cela représente une difficulté supplémentaire : apprendre la guitare électrique. Pas facile au départ, mais il est hors de question que je gratte la guitare l'air de rien donc j'ai acheté une méthode et c'est parti.

Mais la méthode ne suffisait pas. Il m’a fallu quelqu'un pour me guider. Nous avons fait une première séance avec Patrick Najean pour apprendre les premiers accords ainsi que le travail rythmique. A la fin de la séance je dois dire que cela fait mal aux doigts. J'espère bien avoir un niveau à la hauteur de mes espérances mais cela va demander du travail. »


Rencontre avec Chris Sahm, alias Mémé Jilette, le 20 février - « Travailler dans le bonheur »




Comment-as tu rencontré Nino D’Introna ?

Je connais Nino depuis très longtemps. On s’est rencontré en tant que partenaire de jeu, sur le plateau, dans Tartuffe. On se connaît dans le travail et on s’apprécie mutuellement. Andrea Abbatangelo, Patrick Najean, Nino D’Introna, moi, on est une petite équipe, on travaille ensemble depuis très longtemps.

Comment a commencé l’aventure de Jojo au bord du monde ? Qui est ton personnage Mémé Jilette ?

Nino a fait appel à moi. J’ai tout de suite été sous le charme du texte de Stéphane Jaubertie, même avant le personnage. Sa force, sa structure, son humour m’ont touchée. Je n’ai pas aimé que les personnages, j’ai aimé le propos aussi. Tout m’importe dans ce projet : les partenaires, l’équipe, c’est très important.
Quant à Mémé Jilette, elle me concerne à plus d’un titre. Je suis grand-mère depuis peu et j’attache beaucoup d’importance à ce que je peux transmettre à mes petites-filles. C’est aussi un personnage à multiples facettes, j’aime les personnages qui vrillent. On oublie souvent que l’être humain est dans un équilibre précaire. Enfin, Mémé Jilette sauve quelqu’un et ça me fait rêver. Souvent, je voudrais avoir une baguette magique dans la rue. Ma maman m’appelait « la fée », et le terme « mamoune » aussi résonne beaucoup en moi. Ce sont des petites anecdotes mais qui ont leur importance, c’est ma mythologie personnelle. Ça me plait de pouvoir incarner Mémé Jilette avec ma propre histoire, de pouvoir lui donner une âme, d’habiter cette âme. C’est comme un ballon de baudruche dégonflé qu’il faut gonfler avec l’âme. Et il ne faut pas se dégonfler !

Comment se passent la création, les répétitions ?

Généralement je suis constante dans ma façon de procéder : j’ai une intimité assez immédiate avec mes personnages, mais je les laisse aussi venir à moi, monter en moi pendant le travail. Avec Nino on travaille la géographie de l’espace, et on prend notre place comme l’eau qui circule entre les rochers.
Un spectacle c’est un tout, je pense toujours à ce à quoi je participe. Ca n’est pas qu’une bagarre avec moi-même. J’aime bien travailler dans le bonheur. Il faut savoir que tout ce qui fait écueil est positif. Le travail, c’est accepter que chaque difficulté est une matière à parfaire.
Il y a deux phases dans une création… le voyage du travail, et le voyage des représentations.
Enfin, je pense que dans une création, la confiance dans la personne qui dirige est nécessaire. Avec Nino D’Introna rien n’est fait pour nous dévaloriser.


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